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JOURNAL DE CHARTRES

BRIDET 2029 : le perdant professionnel remet une pièce dans la machine

  • il y a 5 jours
  • 5 min de lecture

Il vient de perdre les municipales. Il vient de récolter deux voix sur cent onze à la Métropole. Et que fait Jean-François Bridet, ce 30 juin 2026 ? Il annonce sa candidature aux législatives de 2029. Trois ans à l'avance. Sur un pari de dissolution à « neuf chances sur dix ». Bienvenue dans la tête d'un homme qui confond obstination et vocation.


Il en faut du courage, ou de l'inconscience, pour faire ce qu'a fait Jean-François Bridet le 30 juin dernier. À peine trois mois après avoir été balayé aux municipales de Chartres, à peine deux mois après l'humiliation des deux voix sur cent onze à la présidence de la Métropole, le voilà qui convoque la presse dans la prairie du Gorget, à Saint-Prest, pour annoncer solennellement… sa candidature aux élections législatives de juin 2029. Vous avez bien lu la date. 2029. Dans trois ans. Le sprinteur le plus lent de France vient de s'élancer pour une course qui n'aura lieu qu'après-demain.


Trois ans avant le coup de feu, il est déjà sur la ligne de départ


Reprenons, parce que la scène mérite qu'on la savoure. Les prochaines législatives ordinaires sont prévues en juin 2029. Nous sommes en juillet 2026. Mais Monsieur Bridet, lui, ne veut pas attendre. Il « part tôt, très tôt », reconnaît benoîtement L'Écho Républicain. Pourquoi si tôt ? Parce qu'il parie sur une dissolution de l'Assemblée après la présidentielle de 2027 : « Il y a neuf chances sur dix qu'après la présidentielle, il y ait une dissolution », prophétise-t-il, la main sur le cœur et l'œil rivé sur son destin national.


Neuf chances sur dix. Voilà un homme qui n'a pas su prédire sa propre défaite à trois reprises, mais qui vous chiffre au dixième près la probabilité d'une dissolution nationale trois ans à l'avance. Le même homme qui, aux municipales, croyait « encore que c'est possible » de doubler son score au second tour avant de perdre. Le même qui se voyait président de la Métropole avant de récolter deux bulletins. Décidément, la boule de cristal de Monsieur Bridet a un défaut de fabrication : elle ne fonctionne que pour les autres.


Le CV du perdant en série


Car rappelons, pour les distraits, le palmarès de celui qui se rêve député. Législatives 2024 : candidat, qualifié au second tour avec 24,05 %, puis retrait « pour faire barrage au RN », traduction : battu d'avance, il s'efface. Municipales mars 2026 : troisième, éliminé, laminé par trois droites. Présidence de Chartres Métropole avril 2026 : deux voix sur cent onze, le score le plus humiliant de l'histoire récente de l'agglomération. Et maintenant, fort de ce bilan étincelant, il remet une pièce dans la machine pour 2029.


Il y a, chez cet homme, quelque chose de touchant et d'exaspérant à la fois. Touchant, parce que la ténacité force un certain respect. Exaspérant, parce qu'à un moment, la ténacité qui ne produit jamais rien change de nom : elle s'appelle l'entêtement. Et l'entêtement en politique, c'est le refus obstiné de lire ce que les électeurs vous répètent, scrutin après scrutin, avec une constance admirable : non, non, et encore non.


Quatre campagnes, quatre échecs. À ce stade, ce n'est plus une malchance, c'est une méthode. Bridet a industrialisé la défaite.

Le vélo, le béton et l'éternel numéro écolo


Et le décor de l'annonce, bien sûr, ne doit rien au hasard, il nous le dit lui-même. La prairie du Gorget, « à quelques dizaines de mètres » du tracé de la future A154, là où « la prairie sera barrée par les piles de pont d'un viaduc en béton » et où « tout cet espace de biodiversité sera massacré ». On connaît la chanson. On la connaît même par cœur, puisque c'est exactement le même refrain que celui de sa campagne municipale perdue : l'A154 qui « cristallise tout ce qu'il ne faut plus faire », le ferroviaire contre la route, le moratoire sur les projets routiers. Du réchauffé servi dans une prairie.


Et comme il se doit, il est arrivé à vélo. « Son moyen de transport fétiche », note le journal, celui qu'il a exhibé « tout au long de la campagne municipale » celle qu'il a perdue, faut-il le rappeler. Le vélo comme profession de foi, le vélo comme programme, le vélo comme identité. Pendant que les Euréliens de la première circonscription, celle qui va bien au-delà du centre-ville de Chartres, jusqu'aux communes rurales où l'on ne survit pas sans voiture, se demandent qui va défendre leur droit à se déplacer, à travailler, à vivre, Monsieur Bridet pédale vers son quatrième échec en pérorant sur le viaduc qui « massacre » les oiseaux.


Voilà toute la déconnexion résumée dans une image : un homme à vélo, dans une prairie, qui explique à un département rural et laborieux qu'une route neuve est une catastrophe. La première circonscription d'Eure-et-Loir, ce n'est pas le parc naturel des rêves écolos de Monsieur Bridet. C'est un territoire où l'on a besoin de bitume, d'emplois et de médecins : pas de leçons de biodiversité récitées depuis une selle.


L'union qu'il n'aura pas


Le plus cocasse, c'est qu'il le sait lui-même, que ça va être compliqué. Interrogé par L'Écho, il reconnaît du bout des lèvres que « dans un contexte national, où chaque camp espère présenter un candidat à la présidentielle, l'union va être beaucoup plus complexe à obtenir ». Traduction limpide : la gauche est déjà en train de se déchirer pour 2027, et Bridet le sait. Il part donc à la bataille de 2029 sans même la garantie que son propre camp le soutiendra. Un franc-tireur qui tire d'abord et cherche ses alliés ensuite.


Aux municipales, il se targuait d'avoir « réussi à rassembler derrière lui toutes les forces de gauche ». Résultat : troisième et éliminé. Voilà ce que « rassembler toute la gauche » donne à Chartres : un strapontin d'opposition et une éjection au premier tour. On comprend que le PS, LFI, les communistes et les écologistes réfléchiront à deux fois avant de rempiler derrière un homme dont l'union se solde systématiquement par une déroute. L'union derrière Bridet, c'est l'union derrière le perdant. Pas très vendeur.


Il a informé "tous les partis locaux de gauche de sa démarche". Reste à savoir combien le suivront jusqu'au bout et combien préféreront un cheval qui gagne, pour changer.

Rendez-vous en 2029, pour la quatrième déculottée


Alors oui, saluons l'énergie. Trois ans de porte-à-porte en perspective, du vélo, des prairies, des viaducs dénoncés et des oiseaux pleurés. Monsieur Bridet a de la suite dans les idées, on ne le lui enlèvera pas. Il a même trouvé une élégante justification à son départ anticipé : sa défaite face à Vergne lui aurait « servi de leçon », la campagne de terrain de trois ans menée par le nouveau maire l'ayant, dit-il, inspiré. Charmant. Il copie désormais la méthode de celui qui l'a battu, en espérant un résultat différent. On appelle ça, en général, l'espoir triomphant de l'expérience.


La vérité, c'est que Jean-François Bridet a trouvé sa vraie vocation : candidat. Pas élu, mais candidat. Le métier de se présenter, encore et encore, dans une fidélité admirable à la défaite. En 2029, sauf séisme, la première circonscription se jouera entre le RN et la majorité présidentielle, comme en 2024. La gauche y fera de la figuration, et Bridet en sera le figurant en chef, à vélo, dans une prairie, à expliquer aux Euréliens pourquoi ils ont tort de vouloir une route.








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